vendredi 18 avril 2008
1er août 1914 et premières lignes du petit carnet noir
1er août - 10h du matin, apprend l'ordre d'appel, étant à l'atelier, pars immédiatement pour Bobigny. Je m'habille, à 11 h je suis de retour à Paris. Je dis au revoir à Georges et en route. Je passe chez mon oncle. Je trouve tout le monde en larmes, Camille est parti le matin pour Châlons. Je rentre au Fort de Vincennes vers 3 heures. A 4 h, j'ai douche, pantalon, capote et sac: me voici chasseur à pieds. Jusqu'à la nuit je remplis des paillasses. Vers 8 heures, après avoir mangé un morceau, je me couchedans la chapelle.
Dans la soirée, j'apprends que la mobilisation est ordonnée.
2 août - Bien mauvaise nuit: les réservistes arrivent à chaque instant. C'est un vacarme infernal. Ce matin, réveil à volonté. Je me lève vers 6 heures et je me promène dans le fort qui est rempli de troupes. Vers 10 heures, on me demande au bureau avec deux camarades. J'apprends que je vais partir pour le fort de Noisy. Je mange la soupe et on nous déshabille. Je sors du fort et je vais casser la croûte avec mon ancien sergent, qui, lui aussi, retourne au groupe. Il demeure à Vincennes. Nous allons à pieds à Noisy car il n'y a pas de tramway. Nous arrivons vers 6 heures, personne ne s'occupe de nous. Je me déshabille pour passer la nuit.
Georges Emile se trouve à gauche, sous la petite croix dessinée.
mardi 22 avril 2008
3 août et 6 août ...
3 août - Ce matin réveil à 6h00. Dans la matinée, on nous habille, en cycliste cette fois. J'ai un fusil, des cartouches et une machine: me voici prêt. A 9h00, on quitte le fort à vélo pour rejoindre le groupe actifà la frontière. Nous sommes acclamés sur notre passage à Paris, on nous jette des fleurs et des petits drapeaux. En arrivant à la gare de la Villette, nous avons chacun le notre. Nous embarquons dans un train de voyageurs. En avant ! Voici les fortifications. Adieu Paris ... Le reverrai-je jamais. Dans la nuit, j'aperçois le clocher de Bobigny. dans le train, tout le monde chante et rit.
(...)
6août - Ce matin, je retrouve les anciens copains: on nous mélange tous, je me retrouve dans mon ancien peloton, avec les même gradés. Vers 6 heures le matin nous passons la frontière: nous voici en Belgique, à Bouillons, première ville que nous traversons. Accueil enthousiaste des habitants. Toute la population est dans les rues et nous regarde passer en criant: "Vive la France !". Dans toutes les villes que nous traversons, on nous distribue de tout: pain, beurre, confitures, tabac, cigares, cigarettes, vins, bières, etc ...: on est embarrassés. Nous cantonnons à St Hubert, une jolie petite ville. Je visite rapidement la magnifique église. Nous sommes très bien reçu. Je cantonne dans un théatre où l'on me coupe les cheveux ras. Cela ne me gêne pas car il fait trop chaud.

